La relance de la firme
Après des négociations manquées avec Ford et des contacts pris avec Alfa Romeo, Enzo Ferrari cède la firme de Maranello au premier constructeur automobile italien. Mais il conserve une totale indépendance dans le domaine de la compétition automobile.
Dans les années 60, le principal souci d'Enzo Ferrari est de continuer à faire vivre l'entreprise qu'il a fondée. Pour atteindre cet objectif, il faut qu'il trouve le partenaire juste. Et qu'il le trouve vite. Au début des années 60, en effet, le coût des compétitions est devenu extrêmement lourd, à la limite du supportable pour un constructeur comme Ferrari qui doit trouver ses propres financements.
Les pourparlers avec le colosse américain Ford se poursuivent longtemps et c'est Ferrari qui refuse au dernier moment de signer le contrat. En effet, la firme de Detroit ne lui aurait jamais laissé une totale liberté dans le domaine de la compétition automobile, une liberté jugée essentielle par Ferrari. Dès le départ, Enzo Ferrari a été clair : « Je cède la firme, en laissant à d'autres le soin de s'occuper de la production, mais je veux pouvoir me consacrer entièrement à la course, tant pour les prototypes que pour les monoplaces, et ce, dans la plus totale indépendance, avec une abondance de moyens financiers et techniques dont je ne dispose pas. »
En pratique, cela doit se traduire par l'existence conjointe de deux "firmes"; l'une, Ford-Ferrari, chargée de la production des voitures de Grand Tourisme; l'autre, Ferrari-Ford, qui aurait pris part aux compétitions. Ferrari se réserve 90 % de la propriété de la "Ferrari-Ford" ainsi que sa présidence et ne garde que 10% de Ford-Ferrari. Mais, au dernier moment, il se rend compte que les plans de la firme de Detroit sont très différents : Ford veut aussi contrôler les activités sportives de la firme et entend arriver à ses fins par le biais de plusieurs clauses ajoutées au contrat. Enzo Ferrari n'est pas dupe, et il rompt toutes les négociations le 20 mai 1963. C'est depuis cette date que Henry Ford décide de laver cet affront en remportant les 24 Heures du Mans contre Ferrari.
Un an plus tard, en juillet, Ferrari revient à Milan, après vingt-quatre ans d'absence, pour rencontrer Giuseppe Luraghi, le président d'Alfa Romeo. Au cours de cet entretien, il est, entre autres, question de l'avenir sportif de Ferrari et des ambitions d'Alfa Romeo. Mais la firme milanaise n'est pas encore prête à se lancer dans la compétition de niveau international. En 1969 Ferrari et Luraghi se rencontrent à nouveau, à Modène cette fois-ci. Luraghi informe Ferrari de sa rencontre, quelques mois auparavant, avec Giovanni Agnelli, une rencontre au cours de laquelle a été évoquée l'éventualité d'un rachat conjoint de la firme de Maranello par Fiat et Alfa Romeo. Mais la firme milanaise renonce en raison du coût d'une telle opération d'autant plus que ces négociations coïncident avec le lancement d'un programme sportif avec Autodelta, une structure que dirige l'ingénieur toscan Carlo Chiti, transfuge de Ferrari.
Toutefois ces pourparlers ne sont pas vains puisqu'ils permettent de resserrer les liens entre Ferrari et la firme turinoise. Des liens qui ont déjà porté leurs fruits comme en témoigne la réalisation du moteur à six cylindres en V dédié à la mémoire du fil du constructeur de Modène, Dino, qu équipe l'une des voitures de Ferrari, la Dino 166 Formule 2 et sa version de série la Dino 206 GT, ainsi qu'une GT Fiat également baptisée Dino et disponible en deux versions, coupé et spider, avec deux moteurs, 2 ou 2,4 l.
Cette collaboration s'explique par le fait que, pour courir en Formule 2, Ferrari a besoin d'une certaine quantité de voiture produites (500 unités en un an, puisque le règlement de la Commission Sportive Internationale, prévoyait que pour courir en Formule 2, il fallait utiliser des moteurs issus des voitures de série) et que, seule, elle ne peut pas remplir ces conditions.
Encouragé par la vente de Maserati à Citroën en 1968, Ferrari désire vendre au plus vite sa firme. La rencontre décisive avec Giovanni Agnelli a lieu le 21 juin 1969 au huitième étage de l'immeuble Fiat, Corso Marconi, à Turin. Parlant de Giovanni Agnelli, Ferrari dira quelques années plus tard: « Chez cet homme de vingt ans plus jeune que moi, j'ai ressenti toute la force de l'homme moderne, du politique et du fin diplomate, de l'observateur vif et aguerri. » Contrairement aux précédents, les pourparlers avec Fiat aboutissent et Ferrari est officiellement cédée à la firme de Turin, le 1 er août 1969. L'arrivée de nouveaux capitaux donne un nouvel élan à la firme de Maranello. Plusieurs techniciens viennent de Turin en même temps que les nouveaux fonds. Mais un double problème se pose d'entrée de jeu : comment faire face à la suprématie des Porsche au championnat du monde des Constructeurs et comment résoudre la crise de l'écurie de Formule 1 qui apparaît comme l'une des plus grave de toute l'histoire de la firme au cheval cabré ?