Des voitures pour gentlemen drivers
Dans les années 50, Enzo Ferrari favorise le retour à la compétition des modèles issus de la série. Les pilotes privés contribuent à la réalisation de ce projet.
Dans les années 50, certains personnages particulièrement fortunés aimaient piloter des voitures, quoique n'ayant ni le physique ni les capacités des pilotes professionnels. Ces hommes savaient très bien qu'ils ne monteraient jamais à bord d'une voiture de Formule 1 même s'ils avaient les moyens de se l'offrir. Il s'agissait de barons, de commendatori, de membres en vue de la haute bourgeoisie, de vedettes du spectacle ou d'industriels. Des personnages qui passaient leur temps à tenter de redorer l'image d'une Italie très affaiblie par la guerre. Des hommes qui rêvaient, sans se l'avouer, de courir sur le circuit de Monza, de franchir la fameuse parabolique et de rivaliser avec Juan Manuel Fangio, le grand Champion du monde...
C'est à toutes ces personnalités que songe Enzo Ferrari avec l'une de ses innombrables et géniales trouvailles. La question que se pose le Commendatore est à peu près celle-ci: « Mais si tous ces gens veulent pratiquer la course automobile et qu'ils en ont les moyens, pourquoi ne pas trouver les voitures adéquates afin qu'ils puissent descendre sur les circuits ? ». Il fait alors deux choses. D'abord, il équipe d'une carrosserie berlinette (ce qui n'est rien de plus qu'une carrosserie de coupé très sportive avec deux portières et deux places) les châssis et les moteurs qu'on trouve également en sport-prototypes. Puis, il fait pression sur les organisateurs et sur la fédération du sport automobile pour que soient créées des compétitions pour ce type de voitures. Le succès est total et immédiat. Et, comme pour d'autres idées d'Enzo Ferrari, la formule est aussitôt exportée, et les compétitions pour voitures de Grand Tourisme (car tel est leur nom) se répandent dans toute l'Europe. Il en est de même pour les berlinettes frappées du cheval cabré qui dominent aussi bien sur route (et surtout devant les casinos et les hôtels les plus luxueux du monde) que sur circuit, sans qu'elles nécessitent la moindre modification grâce à une robustesse que leurs concurrentes sont loin d'atteindre.
Ferrari n'a pas inventé les Grand Tourisme de compétition. Ce type de voiture existait déjà avant la guerre, sous d'autres formes et avec d'autres moteurs. Enzo Ferrari n'a fait, mais avec quel talent, que perpétuer le genre : concevoir une voiture pour les gentlemen drivers. Il y ajoute deux choses de son cru, deux notions essentielles. Le Commendatore crée l'image d'un passe-temps dangereux et fascinant en adéquation avec cette époque où tout s'accélère et où les machines prolifèrent. Ensuite ses voitures, les Ferrari GT berlinette, ont véritablement marqué les années 50 avec leurs gros moteurs de 12 cylindres placés à l'avant sous des capots proéminents, d'une élégance rare, offrant des formances dignes d'une voiture de sport. Ces voitures portent des noms envoûtants: berlinettes 250 GT compétition ou 250 Tour de France. La 250 GTO, par exemple, dominent les compétitions réservées aux écuries privées. En réalité ces voitures, souvent conduites par des semi-professionels sont engagées sous le nom des clients, mais elles sont mises au point et réparées directement à Maranello.
La naissance en 1955 de la Ferrari 250 GT, une berlinette équipée d'un moteur V12 de 3 l de cylindrée, dotée d'une carrosserie dessinée par Pininfarina et réalisée par Scaglietti marque !'explosion des courses destinées aux voitures Grand Tourisme. Le monde des pilotes amateurs est profondément marqué par la victoire du marquis Alfonso de Portago à Nassau, le 11 décembre de cette année-là. Pendant sept années, cette voiture et ses héritières lutteront contre les Jaguar, les Ford et les Aston Martin; ce qui se fait de mieux en matière de voitures de sport. Le palmarès de Ferrari s'enrichit de victoires dans des courses célèbres comme les Mille Miglia, les 12 Heures de Reims, la Coupe Intereuropéenne de Monza, le Tourist Trophy ou les 1000 Km de Paris. À cette époque, Ferrari remporte jusqu'à cinquante grandes courses en une année ! Et les pilotes sont de fabuleux "privés" tels Taramazzo, les frères Marzotto, Lualdi, Abate ou Bianchi pour ne citer que les plus célèbres. Ferrari redécouvre les voitures de Grand Tourisme. Une opératition à la fois commerciale et sportive. En effet, en 1962, championnat du monde des Constructeurs dont le vainqueur, contrairement au championnat du monde de F1, n'est pas un pilote mais une firme automobile, se dispute au volant de GT. Cette belle aventure prendra fin au milieu des années 60 (le championnat du monde des Constructeurs reviendra aux sport-prototypes en 1964). Mais le Comme) datore commençait déjà à porter son regard ailleurs. Au-delà de l'océan, vers les États-Unis